La Multivision

Définition

La multivision c'est la projection simultanée sur plusieurs écrans. On entend par écran la surface de l'image projetée,

ainsi sur le même écran physique, on peut avoir plusieurs images projetées, c'est donc bien de la multivision.

La multivision fut d'abord adoptée par le cinéma, ce fut pendant les années cinquante le Cinérama : l'image du film

était divisée en 3 et donc projetée en simultanée par 3 projecteurs. Cette technique est totalement abandonnée de

nos jours et remplacée par le cinéma 360° ; 9 projecteurs placés entre les écrans projettent en faisceaux croisés sur

la totalité de la salle. Brillante technique qui se heurte à de nombreux inconvénients. Tout d'abord, il faut une salle

adaptée ; ensuite une prise de vue à 360° entraîne forcément qu'une ou deux caméras se trouve à contre jour,

enfin le dispositif de prise de vue est très lourd (tourelle avec 9 caméras) et réduit considérablement les

possibilités créatives pour le scénario.

C'est exactement le contraire qui se passe pour la projection de diapositives en multivision : ici le matériel de

prise de vue est très léger (même un appareil 6x17 pèse à peine plus de 2 kg) et maniable et la créativité

infinie, on peut projeter une seule image panoramique ou plusieurs images différentes en même temps. La

multivision en projection de diapositives est apparue avec le développement de l'informatique qui a permis,

ces dernières années, d'utiliser la multivision en vidéo projection. Là aussi les possibilités créatives sont nombreuses,

mais le défaut récurant de la vidéo c'est le manque de qualité des images par rapport à la diapo ou au cinéma,

empêchant la diffusion des images sur grand écran.

Je vais d'abord faire un rappel historique de la projection de diapositives pour arriver à la multivision.

 

Historique

Avec les premières découvertes optiques et l'utilisation du téléscope par Galilé, on s'est vite rendu compte

que les éléments optiques ne servaient pas seulement à voir mais aussi à projeter. On a ainsi placé entre

une bougie et une optique des petites plaques de verre peintes, et projeté les images sur un tissu blanc.

Ce furent les lanternes magiques, ancêtres du projecteur diapos, apparues bien avant que Niepce ait réalisé

sa première photo. Et déjà on avait pensé à la projection avec plusieurs projecteurs, il existe des lanternes

magiques jusqu'à 3 projecteurs, on plaçait un obturateur manuel devant l'objectif pour passer en fondu d'une

image à une autre. Il faudra ensuite attendre la fin des années trente pour voir 2 musiciens inventer la première

diapositive : le kodachrome. On reprit ensuite la technique des lanternes magiques pour réaliser manuellement

des projections en fondu avec 2 projecteurs. Puis rapidement on utilisa la modulation de fréquence pour

synchroniser les 2 projecteurs et enregistrer un programme sur bande magnétique. La projection avec plus

de 2 projecteurs était très complexe car à chaque fois il fallait utiliser une piste supplémentaire sur le

magnéto et bien sûr un autre synchronisateur. Pourtant quelques montages ont été réalisés avec cette

technique, c'est le début de la multivision en projection de diapositives appelée souvent multi-images.

L'arrivée de l'informatique bouleversa la multivision. A lieu de piloter 2 projecteurs avec une piste de

magnétophone on en pilote 112, via des interfaces où l'on branche 4 projecteurs. C'est donc le même

signal qui va se diriger dans la bonne interface, celles-ci étant reliées entre elles. Mais surtout le numérique

permet -par rapport à la modulation de fréquence- d'envoyer un signal discontinu ; on peut lors de la création

d'un montage, interrompre et recommencer plus tard, ce qui n'était pas possible avec la modulation de

fréquence car l'interruption représentait elle-même une modulation de la fréquence et donc un signal.

 

La technique

Des programmateurs numériques intégrés pour 2 ou 4 projecteurs sont apparus. Ils présentent l'avantage

de se passer de l'ordinateur mais surtout on peut programmer et visualiser (avec les projecteurs connectés)

en même temps. La programmation est donc beaucoup plus aisée qu'avec l'ordinateur où l'on travaille en

aveugle. C'est une des grosses difficultés de la multivision ; à titre de comparaison c'est comme si on

demandait à un réalisateur de travailler sans écran de contrôle ; c'est bien ce qui se passait au début

du cinéma, mais là encore on visionnait les films après chaque prise, alors que pour une projection en

multivision on conçoit entièrement le spectacle sur ordinateur, on visualise ensuite et on apporte alors

les corrections.

Le projecteur de diapositives est un appareil de projection qui, dans son fonctionnement, apporte des

possibilités et des combinaisons qu'aucun autre appareil de projection ne peut apporter. En dehors de marche

avant, marche arrière et arrêt, un video projecteur ou un projecteur de cinéma n'a pas d'autres fonctions.

Faire fonctionner un projecteur diapo en multi-vision c'est un peu réaliser une projection avec les éclairages

d'une salle de spectacle : choix de la surface de projection mais surtout variation de l'intensité

lumineuse. Celle-ci offre des possibilités de création à l'infini, et plus il y a d'écrans, plus il y a de projecteurs

par écran, plus grandes encore sont les possibilités.

 

Le déclin de la multivision

Alors pourquoi ce si bel outil n'est pratiquement plus utilisé ? Les raisons tiennent essentiellement à

l'évolution de la société et au manque de créativité.

 

Notre société est de plus en plus dominée par la recherche du profit et la médiocrité. On s'est aperçu que

cette dernière était la meilleure génératrice de profit. A titre d'exemple, il suffit de regarder TF1 pour

s'en convaincre. La multivision, durant les années quatre-vingt, a souvent été employée dans la communication

d'entreprise. J'ai vu plusieurs montages, aucun ne m'a passionné. Les entreprises n'ont plus voulu investir

dans des batteries de 30 projecteurs et plus, et se sont rabattues sur la vidéo. On fait un film qui n'intéresse

personne mais on n'investit pas plus qu'une caméra et une télé. Les projections à caractère artistique

étaient le plus souvent le fait d'amateurs passionnés. Autre exemple significatif : l'équipe municipale de

Raymond Barre a tout fait pour faire capoter "Lyon Ville Lumière", mais a investi plusieurs dizaines de

milliers de francs pour la réalisation d'un film vidéo sur Lyon. De même que les Tournesols de Van Gogh

sont enfermés dans un coffre au Japon, cet immense chef d'oeuvre de la vidéo est visible nulle part !

 

Même durant la période de gloire de la multivision, il était très rare que le photographe soit en même temps

le réalisateur des montages en multivision. Les réalisateurs allaient même jusqu'à réaliser des montages avec

des photos prises dans les photothèques. Or un spectacle audiovisuel en multivision doit se concevoir dès la prise

de vue, c'est la clé de la réussite. Ainsi sur ce site, je ne vous montre pas toutes les photos de mon projet de spectacle

"Lyon Ville Lumière", tout simplement parce que certaines n'ont d'intérêt que par la façon dont elles sont

projetées avec d'autres. D'autres photos présentées sur le site ne seront pas dans "Lyon Ville Lumière" car

je me suis rendu compte qu'elles ne s'intégraient pas dans le scénario. Photographier signifie en grec ancien

"écrire avec la lumière", on peut donc dire que la réalisation d'un spectacle en multivision répond amplement

à cette définition. Il faut avoir une âme de cinéaste pour être réalisateur en multivision, sauf que pour la

réalisation c'est beaucoup plus ingrat, au lieu d'être au milieu des acteurs, vous êtes seul devant votre

écran d'ordinateur, comme l'écrivain.