Cinéma numérique, de belles arnaques en perspective



                    Avant de parler du cinéma numérique, il faut rappeler quelle est la situation actuelle au niveau de la distribution et de la diffusion. A la prise de vue, on utilise entre 5 et 20 fois la longueur de la pellicule finale. Le distributeur se charge de faire faire les copies et de les transporter jusqu'aux salles de cinéma. Un film argentique coûte donc très cher, à la fois dans sa production et sa distribution. Comme il est impossible de faire autant de copies qu'il n'y a de cinémas en France, c'est la loi du plus fort, c’est-à-dire celle des grandes sociétés de diffusion, qui l'emportent sur les cinémas de proximité.

Avec le numérique, tout devrait changer puisque tourner en numérique ne consomme pas de pellicule et il n'y a pas besoin de faire de copies ni de les transporter. Or le CNC, avec la complicité des grands diffuseurs et des distributeurs, fait tout pour entraver cette évolution. Tout d'abord le CNC veut obliger les réalisateurs à continuer de tourner en argentique. Le cinéma numérique a adopté un format (largeur/hauteur)  de 1,89 en 2 résolutions différentes : le 2K (1080 x 2048 pixels) et le 4K (2160 x 4096 pixels). Il est tout à fait possible de tourner un film en 4K (c'est à dire avec une qualité équivalente voire supérieure au cinémascope) et de le diffuser en 2K. Alors pourquoi continuer à tourner en argentique ? Pour la conservation du film ? C'est complètement absurde, car si on peut numériser un film argentique, l'inverse est tout à fait possible, on réalise un "shoot" du numérique en argentique, comme le quidam moyen peut faire mettre ses images numériques en diapos.

Mais le pire vient d'être décidé cet automne 2009. Afin d'aider (soi-disant) les petits exploitants, les distributeurs ont inventé une formule d'aide pour sauver leur peau. Ils se chargent de la numérisation des films argentiques (on va certainement supprimer l'avance sur recette pour ceux qui tournent en numérique) mais comme ils n'auront plus de copies à faire, avec les économies réalisées, ils vont en faire profiter les petits exploitants en participant au plan d'aide organisé par le CNC (voir notice) Mais a-t-on besoin de passer par un distributeur pour numériser un film ? Oui, car on ne va plus transporter des copies mais des disques durs sur lesquels seront les films. A l'heure où les pirates téléchargent des films grâce à l'adsl, les exploitants devront attendre la livraison des disques durs....de qui se moque-t-on ? Via des serveurs dédiés, il serait très rapide de diffuser les films aux salles en Intranet, on parle même de débits pouvant atteindre 1 giga/sec. En créant artificiellement un support (le disque dur) on cherche à maintenir la situation actuelle, qui fait qu'un film ne peut être diffusé partout et au même moment. En fait, à l'ère du numérique le distributeur ne sert plus à rien si ce n'est qu'à essayer de maintenir la position de force des majors de la diffusion cinématographique. Mais pourquoi ne pas penser que les producteurs, dans le futur, distribueront eux-mêmes leurs films aux exploitants ? Seules des mesures coercitives pourront empêcher cette évolution.




L'alternative au cinéma "grande surface" : le Cinéma en Image Totale


Le cinéma de proximité a un second handicap : une configuration des salles moins bonne que celle des multiplexes. Plus l'écran est grand par rapport au volume de la salle (ce qu'on appelle le rapport à l'écran), plus le spectateur sera immergé dans le film, oubliant ainsi la lucarne de son écran plat. Le Cinéma en Image Totale est un nouveau concept de salle de cinéma développé depuis 1996 mais dont l'existence a toujours été occultée par la Presse. Après 13 ans de censure, période où la technique a beaucoup évolué, ce concept est LA SOLUTION pour des salles de cinéma ultra-performantes et modulables dans les petites agglomérations. Le principe de la projection cinématographique sur écran translucide ne fut pas développé pour plusieurs raisons :
- Cela nécessite plus de place
- L'image doit être "retournée" par l'intermédiaire d'un miroir optique
- Perte de luminosité et de définition si on n'utilise pas des toiles haute définition
- Projection avec de très courtes focales d'où nécessité d'une mise au point très précise (l'épaisseur même du film peut faire varier la mise au point)
Mais la projection sur écran translucide est le seul moyen d'arriver à l’Image Totale . Avec le numérique, certains inconvénients disparaissent ; le "retournement" de l'image se fait électroniquement, plus besoin de miroir de renvoi, projection plus rapprochée de l'écran avec une optique très grand-angle spécialement prévue pour cela, et mise au point automatique. Conçu au départ pour la projection de films argentiques, le Cinéma en Image Totale se révèle un outil beaucoup plus simple en numérique.
Concevoir une salle de cinéma beaucoup plus performante que celle des meilleurs multiplexes (on ne peut imaginer meilleur rapport à l'écran puisque celui-ci est plus grand que la salle de spectateurs) mais en plus pouvoir en 5 minutes la transformer en salle de théâtre ou de concert, est la solution idéale pour un espace culturel d'une commune moyenne ou une banlieue dépourvue de ce type d'équipement.
Ce qui peut faire peur aux businessmen de l'audiovisuel, c'est l'extraordinaire performance des projecteurs 4K. Ceux-ci sont capables de recevoir une image retransmise en télé haute définition et de la projeter, en temps réel, en 4K (c’est-à-dire avec une définition 5 fois supérieure) sur l'écran en Image Totale. Les écrans géants, en plein air, lors de grandes manifestations, deviennent alors complètement obsolètes. Mais c'est aussi la possibilité pour une commune de réaliser ses propres films de les diffuser avec une qualité incomparable.
Le fait d'avoir la visibilité pour tous les spectateurs dès le nez de scène (l'endroit où se trouve le bas de l'écran) permet, quand on recule l'écran, de transformer la salle de cinéma en théâtre ou en salle de concert, d'autant que le gradinage accentué aide à la diffusion du son.
Les majors de la diffusion cinématographique n'ont jamais fait de critiques techniques de ce nouveau concept de salle, mais ne désirent pas qu'une salle prototype soit construite. L'investissement (hors foncier) équivaudrait à environ 4 douches pour Monsieur Sarkozy.


Cet article a été rédigé suite à un mail reçu d'une journaliste de Rue89, Sophie Verney. "Si vous avez des infos, nous pouvons vous ouvrir nos colonnes, nous sommes indépendants et défendons ceux qui s'érigent contre la censure".
L'article a bien été envoyé à Rue89, mais n'a jamais été publié ; comme quoi il est très facile de s'ériger contre la censure et  la pratiquer.

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